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Bulletin de liaison décembre 2012 

décembre 2012

Le mot du Président


"Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes."

Cette déclaration faite récemment par le Président de la République nous confirme à quel point la haine de soi est devenue le credo de nos élites politiques ; elle ne peut cependant qu’interpeller les citoyens soucieux des intérêts de la France et de l’unité de la Nation. Il pardonnera donc à un autre serviteur de l’Etat et de la Nation, non élu mais qui a servi sous l’uniforme pendant une quarantaine d’années - et qui de surcroît, jeune adolescent a dû, avec sa famille, il y a précisément cinquante ans, choisir la valise plutôt que le cercueil - de contester la réalité de ces faits et de critiquer l’effet dévastateur de ces propos qui alimentent, sur notre territoire, le ressentiment d’une immigration hostile à l’égard de notre pays et de nos concitoyens.

Il faut d’ailleurs faire preuve d’aveuglement pour ne pas le constater. Et il faut bien admettre que cela conforte cette dernière dans son refus d’intégrer la communauté nationale et de respecter les valeurs et les lois de notre République. Et cela incite son pays d’origine, en particulier ses dirigeants politiques, à exiger la repentance de la France, exigence farfelue, infondée et inacceptable quand on sait les raisons qui ont conduit notre pays à débarquer à Alger en 1830. Exigence d’autant plus inacceptable quand on sait dans quel état se trouvait ce pays quand ceux qui l’ont construit avec amour l’ont laissé, la mort dans l’âme, et que l’on constate dans quel état il se trouve aujourd’hui avec des dirigeants incompétents, corrompus et incapables d’assurer le bien-être de sa population, alors même qu’il dispose de richesses et de potentiels extraordinaires mis à sa disposition par l’ancien colonisateur. N’est-ce pas l’écrivain algérien Boualem Sansal, qui, s’exprimant il y a déjà une dizaine d’années, reconnaissait lui-même qu’“ En un siècle, à force de bras, les colons ont, d’un marécage infernal, mitonné un paradis lumineux. Seul l’amour pouvait oser pareil défi, (…) Quarante ans est un temps honnête, ce nous semble, pour reconnaître que ces foutus colons ont plus chéri cette terre que nous, qui sommes ses enfants. ” ? 

Dans un premier temps, dans cette déclaration succincte sur cette soirée du 17 octobre 1961 rien n’est dit du contexte historique, ce qui, à l’évidence, ne peut que provoquer la polémique. Il faut donc, par souci d’objectivité et d’honnêteté intellectuelle, rappeler la situation du moment et le déroulement des événements, sinon on se soumet au diktat de l’anachronisme ou du mensonge par omission, les deux nouveaux outils du politiquement correct qui conduisent à refluer sur le passé pour le modifier selon les nouveaux critères de la bien-pensance et aboutir ainsi à l’historiquement correct. N’est-on pas alors en plein révisionnisme ?

En effet, ce 17 octobre 1961, la guerre d'Algérie dure depuis sept ans. Le général de Gaulle est Président de la République et Michel Debré son Premier ministre. Des négociations publiques se déroulent entre les émissaires français et ceux du FLN. Dans le même temps, ce dernier intensifie les attentats en France métropolitaine afin de faire pression sur les autorités françaises. Deux cents policiers et militaires ont été tués ou blessés par le FLN dans l’Hexagone au cours des trois années écoulées. A Paris, la tension est extrême au point que les policiers de quartier sont équipés de gilets pare-balles et que des sacs de sable protègent même les commissariats. C’est donc la guerre sur notre propre territoire avec ses conséquences, ce que ne peuvent pas ignorer nos porteurs de certitude qui n’hésitent pas à manipuler  allègrement les faits. Le FLN décide alors d’organiser une manifestation, non pas pour l’indépendance de l’Algérie, contrairement au communiqué de l’Elysée, mais pour braver le couvre-feu qui est instauré dans la capitale. En effet, à cette date les jeux sont déjà faits sur l’avenir de l’Algérie. C’est donc un coup de force qui ne peut  pas être toléré par la République. Par ailleurs, ce coup de force minutieusement préparé repose sur deux volets : le sabotage et l’incendie de certaines installations par des groupes armés et la manifestation proprement dite, non pacifique, composée de manifestants mobilisés pour une très grande partie souvent de force, sous la menace, qui doit envahir le centre de Paris. La manifestation est donc interdite par le Préfet de police mais le FLN passe outre en mobilisant environ 30 000 personnes. Elle est donc fort logiquement réprimée. S’agissant cependant de cette “ répression sanglante ”, il faut raison garder et il suffit pour cela de consulter les “unes ” des grands quotidiens dans les jours qui ont suivi. Ces dernières relatent le caractère violent de la manifestation et dressent un bilan qui ne correspond en rien à l’hécatombe qu’on veut aujourd’hui imputer à notre République. Le bilan, en effet, s’établit à 7 morts entre le 17 et le 21 octobre 1961: 2 Algériens tués par la police (Achour Belkacem et Amar Malek, tous deux agents du FLN) et 1 Français le 17 octobre; 4 Algériens victimes de règlement de compte entre le 18 et le 21 octobre. Quant aux 200 à 300 manifestants morts noyés dans la Seine, il suffit également de consulter les grands quotidiens qui n’en font pas état puisqu’aucun cadavre n’a été relevé sur les berges en aval dans les jours qui ont suivi. Sauf à considérer que les journalistes et les habitants des communes qui longent le fleuve se sont rendus complices de cette “ répression sanglante ”en s’imposant le silence. Mais cela fait beaucoup de monde. Cela étant, on ne retrouve pas non plus ces prétendus cadavres dans les locaux de l’Institut Médico-légal (IML). Enfin, en 1998, Lionel Jospin, alors Premier ministre, constitua une commission chargée de faire la lumière sur ces événements. Fondé sur l’étude d’archives jusque là fermées, le rapport remis fit litière des accusations portées contre la police française. Mais tout cela ne dérange en rien nos porteurs de certitude ou autres procureurs de la bien-pensance.

Dans un deuxième temps, s’agissant d’hommage à la mémoire des victimes, il est regrettable qu’il soit consenti non seulement à sens unique mais, qui plus est, à des terroristes. Car les deux seuls Algériens tués le 17 octobre en soirée par les policiers en état de légitime défense étaient des agents du FLN. Autre réalité étouffée par nos porteurs de certitude, les groupes armés du FLN ont assassiné, sur notre propre sol, entre janvier 1955 et juillet 1962,  plus de 6 000 Algériens. Pour l’année 1961, 308 cadavres de Nord-Africains furent admis à l’IML, la plupart assassinés dans la guerre que menait le FLN contre ses opposants partisans de l’Algérie française, et parmi eux de nombreux Harkis, ou du MNA de Messali Hadj. Ces milliers  d’Algériens victimes, sur notre sol, du terrorisme en raison de leur hostilité au FLN n’ont-t-ils pas droit, eux, à ce qu’on rende hommage à leur mémoire ?

Que dire, enfin, de nos compatriotes enlevés, torturés, assassinés, massacrés en Algérie, en particulier le     5 juillet 1962 à Oran, jour de la célébration de l’indépendance de ce pays ? L’Etat algérien a-t-il, depuis, formulé le moindre regret, la moindre excuse, rendu le moindre hommage à la mémoire de ces victimes innocentes d’une folie barbare inexcusable et condamnable ? Car il ne s’agit pas là d’un crime de guerre, la guerre étant terminée et l’Algérie indépendante, donc l’Etat algérien pleinement responsable. Il s’agit là d’une action violente d’épuration ethnique ;  certains diront, de façon plus triviale, de nettoyage ethnique, ce qui relève du crime contre l’humanité !  Alors, plutôt que rendre hommage à la mémoire de terroristes, ne serait-il  pas plus légitime de le faire pour nos compatriotes victimes de la barbarie ?

Enfin, dans un troisième temps, les conséquences de tels propos émanant de nos élites politiques sont désastreuses sur l’unité de la Nation à terme, et sur le vivre-ensemble au quotidien. Il faut bien reconnaître que depuis de nombreuses années le rôle critiquable des élites de notre pays a été déterminant dans l’instrumentalisation de l’histoire avec des conséquences extrêmement néfastes. C’est ainsi que depuis des années, en s’autoflagellant et en culpabilisant la France en permanence, nos responsables politiques ne font, en fait (n’en sont-ils pas conscients ?),  qu’injecter le poison de la haine à cette jeunesse des banlieues issue de l’immigration qui est appelée – il serait peut-être salutaire de réviser nos règles d’obtention de la nationalité –  à devenir automatiquement française à 18 ans. Il faut arrêter cette fâcheuse tendance qui nous enferme dans une dialectique culpabilisation-victimisation injustifiée et destructrice. Cela ne peut tout naturellement que provoquer une vive inquiétude quant à l’avenir de notre pays qui s’annonce bien sombre. Car on voudrait renforcer un communautarisme déjà bien installé et préparer des situations d’émeutes et d’affrontements violents qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Cette attitude est, au-delà du manque de lucidité et de clairvoyance qui la caractérise, osons le dire, irresponsable et relève d’un comportement pathologique qui s’est répandu étrangement parmi nos élites de tout bord politique d’ailleurs et qui relève peut-être de la psychiatrie. Il serait donc temps de traiter sereinement du passé au lieu de renier notre histoire qui reste notre héritage sacré, avec ses ombres et ses lumières, qui a fait ce que nous sommes, et dont nous devons être fiers. Il n’y a, en effet, aucune raison de nous repentir pour avoir, en 130 ans de présence en Algérie, non seulement  construit mais fondé ce pays qui n’existait pas en tant que tel mais se trouvait, en 1830, dans un état moyenâgeux, sous le joug des Turcs qui n’ont cessé pendant plusieurs siècles d’écumer la Méditerranée et ses côtes à la chasse permanente d’esclaves. Entre  25 000 et 30 000 esclaves européens ont été libérés à Alger après le débarquement des forces françaises !

Alors, soyons sérieux. En fait, la cause du ressentiment des responsables politiques algériens qui exigent aujourd’hui la repentance de la France réside dans leur incapacité à fournir au peuple des conditions de vie décentes alors qu’ils disposent de richesses, notamment naturelles, et qu’ils ne peuvent que constater que le “ rêve algérien ” n’a cessé de s’identifier à un “rêve français ” puisque paradoxalement leur peuple n’aspire qu’à une chose : vivre chez son ancien colonisateur. Raison de plus pour que nos responsables politiques ne tombent pas dans le piège de la repentance. Les Français ne l’accepteraient pas.

Général (2s) Antoine MARTINEZ

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